Même sur le trône, les femmes ne sont pas souveraines

« Le ‘poop-shaming’ — comprendre ‘la honte du caca’ — n’a rien de (si) rigolo. C’est un véritable problème social qui en dit long sur les constructions du genre. », nous apprend un article paru sur le site Terra Femina.

La domination masculine s’étend jusque dans les toilettes. Voilà ce que pointe un article du New York Times dont Clément Arbrun, un jeune Wokistanais, s’est fait l’écho sur l’un de nos sites de propagande. Le journal américain a, en effet, longuement développé le problème du « caca shaming » (littéralement : la « honte du caca ») auquel les femmes sont confrontées, en particulier au travail, et qui « en dit long sur les stéréotypes féminins et la manière dont la société envisage, fantasme et traite les femmes, au sein de l’espace public et dans l’inconscient collectif ».

Parler de ce sujet autour de la machine à café, laisser des traces et des odeurs après utilisation des toilettes, émettre des bruits douteux… Autant de pratiques qui, dans l’univers masculin, ne posent pas de difficulté particulière quand elles ne sont pas considérées comme récréatives. Rien de tout cela chez madame : tout ce qui relève de près ou de loin à la scatologie se révèle, depuis la nuit des temps et aujourd’hui encore, comme une source de gêne. Une femme se dépêche, fait le moins de bruit possible, essaye de ne pas se faire remarquer… et la pression sociale implicite est telle qu’elle a même des conséquences physiologiques : les femmes sont, par exemple, davantage sujettes à la constipation, à l’irritation du colon et aux maladies inflammatoires de l’intestin. Autant de préjudices qui viennent s’ajouter à des spécificités anatomiques féminines qui n’arrangent rien : la gastro-entérologue Robynne Chutkan explique qu’il existe en effet de profondes différences entre les voies digestives féminine et masculine, « à commencer par la densité du côlon, qui est plus long chez les femmes ». Ce qui impliquerait davantage de complications physiques quand il s’agit de soulager ses intestins. A l’injustice s’ajoute donc l’oppression masculine.

« Si un garçon pète, tout le monde rit. Si une fille pète, elle est mortifiée. »

Sarah Albee, Poop Happened.

Et n’allez pas croire que ces considérations viendraient d’illuminés bercés trop près de l’urinoir. Le New York Times s’appuie sur les études très sérieuses du psychologue Nicholas Haslam, auteur de Psychology in the Bathroom (La Philosophie dans la salle de bains), qui est allé chercher les ressorts culturels de cette inégalité : « Alors que, des cours de récré aux comédies américaines les plus potaches en passant par les discussions entre potes, on sait bien à quel point l’humour scatologique est, plus qu’un langage ‘décomplexé’ et comique, une véritable tradition culturelle au sein de la communauté des ‘hommes adultes hétérosexuels’. »

Et ce pour de pures raisons de construction sociale qu’explique la spécialiste Sarah Albee, l’autrice de l’instructif opus Poop Happened : « Si un garçon pète, tout le monde rit. Si une fille pète, elle est mortifiée. » Sans remonter à la Préhistoire, elle évoque tout de même l’époque de la Ruée vers l’or, où les hommes se répandaient librement au pied d’un arbre quand les femmes des prairies « formaient des cercles protecteurs afin de se protéger mutuellement du regard des autres, tenant leurs jupes sur le côté pour ériger une sorte de mur ». On notera le caractère collégial et cérémonial de l’acte pour les unes, par opposition au soulagement individuel et spontané privilégié par les autres. « Des siècles plus tard, rien n’a vraiment changé », conclut Clément Arbrun.

La féminité, dit encore le professeur Haslam, serait synonyme de « pureté » et de tout ce qui lui est relatif « en matière d’hygiène et de civilité » quand la virilité peut sentir le bouc sans complexe (au contraire, même).

Supposer que la « honte du caca » en dit long sur les inégalités de genre n’est pas une divagation

Sondage à l’appui, le New York Times nous apprend que 71 % des citoyennes canadiennes (sur un panel de mille femmes interrogées) déclarent déployer « des efforts considérables pour se retenir de déféquer, en particulier dans les toilettes publiques ». Qui pourra, après cela, nier le fait que se cache aux petits coins une violence systémique insupportable ?

Poopshaming sentiment de gène pour aller à la selle
Enquête IFOP pour Diogene-france.fr.

Clément Arbrun, notre prometteur journaliste (qui collabore désormais à de très sérieux organes de la révolution wokistanaise : Les Inrocks, Slate.fr, A Nous Paris et La Vie), le résume fort bien : « Ce sont là les dommages d’un plus vaste système, au sein duquel l’architecture-même des toilettes est pensée et élaborée par les hommes. La dominance des mecs sur l’espace intime et les formes de discriminations qui lui sont inhérentes portent un nom : le ‘pooptriarchy’. Le ‘pooptriarcat’, quoi. Ou ‘patriarcaca’, si vous préférez. Supposer que la ‘honte du caca’ en dit long sur les inégalités de genre n’est pas une divagation. Mais une tentative de cerner à quel point, au sein d’une société patriarcale, les femmes se retrouvent opprimées jusqu’aux cabinets. L’idéal serait alors de déculpabiliser le plus tôt possible les filles au sujet de ces besoins naturels. Histoire de virer du coin de la main les idées sexistes les plus ‘shitty’. Car comme l’énoncent les journalistes Jessica Bennett et Amanda McCallla, ‘les femmes ont déjà assez de merde à gérer’. »

Source : Clément Arbrun, « Pourquoi les femmes souffrent du ‘caca-shaming« , Terrafemina.com, 20 septembre 2019.

Auteur : Estielle Madmarx

Je suis synthèse de toutes les minorités opprimées, vecteur de leurs luttes, garant de leur bien et avant-garde éveillée sur le chemin du monde d'après.

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