Faut-il décoloniser Françoise Vergès ?

Esclavage, mémoire, militantisme, arroseur et arrosé.

Il y a quelques jours, nous critiquions cette manie qu’ont les décoloniaux de faire des listes qui, sous prétexte de recherche historique, peuvent rapidement devenir des listes d’incrimination. L’initiative du programme REPAIRS, parrainé par le CNRS, de recenser les propriétaires d’esclaves indemnisés au XIXe siècle fait aujourd’hui, ironiquement, une première victime en la personne de… Françoise Vergès, qui n’est autre que l’ancienne présidente du Comité national pour la mémoire de l’esclavage et figure éminente de la gauche décoloniale.

Fille du communiste Paul Vergès, nièce de l’avocat Jacques Vergès, elle descend en effet, de Marie Hermelinde Million des Marquets, née en 1832 et qui avait épousé par amour, en 1855, un modeste commis de marine, Adolphe Vergès. Or, en 1848, la famille Million des Marquets possédait, comme nous le montre le détail du recensement effectué par REPAIRS, 121 esclaves (dont 66 créoles, 12 malgaches, 39 mozambiques et 4 indiens ou malais). « Loin d’être une descendante, fût-ce lointaine, d’esclaves réunionnais, ce que pourrait donner à penser sa physionomie quelque peu orientale et ses coiffures exotiques, la seule véritable ascendance réunionnaise dont elle puisse faire état n’est nullement du côté des esclaves, comme on l’a vu, mais, bien au contraire, des esclavagistes de la Réunion. Voilà donc une femme que tout désigne pour parler, avec émotion et compétence, des horreurs de l’esclavage ! », avait ironisé le linguiste Robert Chaudenson.

Alors quid d’éventuelles réparations ? Seul le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) avait lancé une brève offensive, en 2013, contre la Caisse des dépôts et consignations au motif qu’elle avait « profité de l’esclavage ». Un peu de bruit médiatique mais rien de sérieux.

Militante très radicale de la « décolonisation », Françoise Vergès a toujours été étrangement modérée à ce propos, renvoyant au dialogue et, surtout, aux mannes publiques. Ainsi déclarait-elle, en 2015 : « Pour mettre en place des réparations, il faut d’abord consulter les populations concernées, ne pas imposer de politiques mais aller à l’écoute. Ensuite, développer des politiques publiques qui répondent à ces demandes en imposant des formes d’évaluation démocratique sur leur concrétisation. Implémenter des propositions déjà faites : formations des enseignants à cette histoire dans toutes les disciplines (littérature, géographie, philosophie, droit…) ; valorisation des héritages immatériels vivants issus des mondes de l’esclavage (langues, musiques, savoirs) ; meilleure connaissance de phénomènes comme le marronnage et des communautés marronnes ; meilleure compréhension des intérêts économiques et culturels qui ont contribué au maintien de l’esclavage pendant des siècles ; comprendre le phénomène global que fut l’esclavage colonial ; soutenir des projets artistiques ; introduire des formations dans les écoles d’art à la problématique de la représentation du Noir. Faire que plus jamais on n’entende que ‘c’est du passé, ces débats ne sont pas d’actualité’, faire que nous n’ayons plus à avoir, constamment, à éduquer sur ce sujet les hautes administrations, les directeurs de musée, de théâtre… » 

Comme l’a noté Erwan Seznec dans Causeur, il ne faudrait tout de même pas que les descendants des Million de Marquets soient embêtés pour avoir, en d’autres temps, « profité de l’esclavage »

Auteur : Gabriel des Moëres

Vieux gaulliste, républicain exigeant, humaniste et conservateur.

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