« Bal des migrant·e·s » : quand les woke se tirent un bal dans le pied

C’est l’histoire d’un joli cas d’école. Un exemple typique de la capacité qu’ont les idéologues wokistanais à salir les causes les plus nobles et à continuer de râler après.

Prenons les faits par ordre chronologique.

Le « Bal des migrant·e·s » est un événement désormais rituel puisqu’il a lieu chaque 13 juillet depuis 2016 place Stalingrad, dans le XIXe arrondissement de Paris, à l’initiative du Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants (BAAM), association fondée en 2015 avec pour double objet de porter toute forme d’assistance aux personnes concernées et de militer pour un meilleur accueil des réfugiés, demandeurs d’asile et sans-papiers en France.

Présentée par le BAAM comme « DJ Queer, Noire et Malgache, Fanaya (il/elle) [qui] a fait ses débuts dans les soirées queer noire de Johannesburg (Afrique du Sud) », est invitée à intervenir pour animer la soirée. Dans un post du 8 juillet sur son compte Instagram, elle annonce jouer exclusivement « pour les personnes non-blanches, et surtout pour les personnes noires ». « Le dancefloor est un espace politique où les relations de pouvoir se reproduisent aussi », soutient-elle, invitant les personnes « blanc.he.s » à aller « derrière » pendant toute la durée de sa prestation, afin que « les autres (surtout les personnes noires) » puissent « occuper la place ». Des déclarations dont le BAAM n’est certes pas responsable et qui ne visent même pas le Bal des migrants (au diable l’écriture inclusive) mais une soirée prévue le lendemain du post, soit le 9 juillet. L’association ne s’en émeut pas pour autant, bien au contraire :

D’ailleurs, même si le bal du 13 juillet est ouvert à tous, le BAAM reste adepte revendiqué des événements « en non-mixité ».

Le 9 juillet, le député LREM François Jolivet tombe sur ces publications, croit qu’elles concernent le bal et sonne l’alarme : il interpelle publiquement Marlène Schiappa pour faire interdire sa prestation et écrit à Anne Hidalgo pour l’amener également à prendre position.

Le BAAM réagit rapidement en affirmant faire face à une attaque « de la droite et de l’extrême droite » — le tweet de François Jolivet a certes tôt fait de les a agiter — et niant toute volonté d’exclusion. Selon l’association, le DJ « a cru que notre bal était en non-mixité » alors que celle-ci était bien « mixte socialement, sur les genres, sur les orientations sexuelles ». Le soutien à Fanaya est néanmoins réitéré : dans un communiqué, le BAAM considère ses positions politiques « non seulement légitimes mais également essentielles pour permettre une réelle appropriation de l’espace par toutes les personnes racisées ». Une réaction qui passe mal sur les réseaux, jusque dans les rangs de la majorité municipale parisienne.

Désavoué, le BAAM reçoit aussi des insultes et des menaces. Quant à la DJ, qui avait finalement préféré se désister, elle devient la cible d’une campagne de harcèlement. Dans ce contexte hystérisé, la préfecture de police considère que l’association a « contribué par ses prises de position publiques à rendre les polémiques plus vives » et décide d’interdire la manifestation par crainte de troubles à l’ordre public.

Piégée, l’association réagit avec amertume et joue sur la victimisation : « Pour justifier sa décision, la préfecture réussit l’exploit de faire partager au BAAM la responsabilité d’un raid que nous avons subi sur les réseaux sociaux ». Suit un appel à la manifestation où seront mis en cause, pêle-mêle, le thème initial de la soirée du 13 juillet — appeler à l’abolition du dispositif européen Frontex, — la politique d’accueil des migrants pratiquée par le gouvernement français et la municipalité parisienne, la censure présumée, etc.

Une histoire exemplaire

Cet épisode, qui pourrait presque passer pour anecdotique, a pourtant quelque chose d’exemplaire, à plusieurs titres.

En premier lieu, l’histoire démarre avec une association qui pratique statutairement le mélange des genres, à savoir l’action humanitaire et le militantisme politique. La situation débute donc sur une confusion gênante entre deux objectifs qui, si nobles soient-ils indépendamment l’un de l’autre, place l’action de terrain au service d’un agenda politique dans lequel migrants et réfugiés ne sont qu’un instrument. Traduction concrète : l’idée d’organiser un bal populaire auquel seraient plus spécialement invités des individus qui, compte tenu de leur situation, ont peu d’opportunités de faire la fête, est incontestablement sympathique ; celle, en revanche, d’associer à cet événement une connotation politique, de théoriser les dynamiques d’appropriation de l’espace et de domination jusque sur la piste de danse, d’appliquer les lubies décoloniales à une soirée qui devrait célébrer la liberté, l’égalité et la fraternité — le choix du 13 juillet ne saurait être considéré comme innocent — est parfaitement perverse. Non seulement parce qu’elle détériore le sens qu’aurait dû conserver l’événement mais aussi, et surtout, parce qu’elle revient à prendre les participants pour les fantassins dansants d’une armée qui mène des combats idéologiques dont beaucoup n’ont cure, à supposer qu’ils en aient conscience.

Rappelons que, même si le BAAM a répété que feu le bal du 13 juillet était ouvert à tous, l’idée d’un « privilège noir », sans être formulée ainsi, était bien explicite dans le soutien apporté à DJ Fayama et la non-mixité figure bien parmi les pratiques promues et récurrentes de l’association. Ainsi, comme des pions rangés par couleur sur un plateau, migrants, réfugiés, sympathisants sincères se retrouvent embarqués dans une partie qui n’est pas la leur mais celle de militants « bien Français » qui ne savent plus comment régler son compte à leur mauvaise conscience de « blancs ». Tu parles d’une décolonisation.

Deuxième leçon, qui n’a strictement rien d’original : la brutalité des réseaux sociaux n’encourage décidément pas à jouer ainsi sur plusieurs tableaux comme le fait le BAAM. Le message, l’intention, les actes doivent être positionnés sur une ligne claire du début à la fin. La mixité n’est pas la non-mixité, l’universalisme n’est pas le différentialisme, l’aide aux migrants n’est pas le militantisme queer, l’anticapitalisme et l’écologie radicale, une soirée disco n’est pas une manif gaucho. Le mix de DJ Fayama aurait sans doute été excellent mais le mix idéologique est, pour sa part, totalement contre-productif. La démonstration est là : confusion générale, os à ronger qui fait la journée de la « fachosphère », interdiction administrative et fermez le ban.

En l’espace de trois jours, le bal du BAAM a fait pschitt et pas sûr que les activités humanitaires de l’association en sortent totalement indemnes.

A méditer, chers Wokistanais.

Sources :
. « ‘Les blanc·he·s allez derrière’ : à Paris, la programmation d’un ‘Bal des migrant.e.s’ fait polémique », Le Figaro, 11 juillet 2021.
. Pierre Coudurier, « ‘Les blanc-he-s derrière’ : un DJ annule sa venue au ‘Bal des migrants’ après des menaces », Marianne, 12 juillet 2021.
. « ‘Bal des migrants’ interdit par la préfecture de police : retour sur une polémique », Libération, 13 juillet 2021.
. Vincent Geny, « La préfecture de police interdit le ‘Bal des Migrants' », Marianne, 13 juillet 2021.

Auteur : Gabriel des Moëres

Vieux gaulliste, républicain exigeant, humaniste et conservateur.

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