Facs, recherche : elles voient des machos partout !

Sexisme imaginaire, soumission idéologique et coercition dans le monde universitaire : Marcel Kuntz livre, pour Causeur, un tableau édifiant du wokisme dans l’enseignement supérieur.

Ne croyez pas que l’idéologie woke est un délire limité à certaines universités aux États-Unis. Elle s’est déjà installée dans l’Union européenne, y compris en sciences dites dures. Cela est illustré par la façon dont le « sexisme » est traqué dans le monde académique.

Le nouveau programme européen de financement de la recherche, Horizon Europe, explique ainsi que « l’égalité des sexes et l’ouverture aux problèmes d’inclusion sont des priorités ». Mariya Gabriel, commissaire à l’Innovation, la Recherche, la Culture, l’Education et la Jeunesse, précise que la démarche « vise à éliminer les inégalités entre les sexes et l’intersectionnalité des inégalités socio-économiques tout au long de la recherche et de l’innovation ». On peut y voir une application de la Charte des droits fondamentaux de l’UE, mais de manière aveugle car la sphère de la recherche est en réalité tournée vers le mérite et l’on est bien en peine d’y trouver une discrimination active à l’encontre des femmes. Mais les idéologues du genre ont leur réponse préfabriquée : si vous ne voyez pas les « biais », c’est la preuve qu’ils sont « inconscients ».

Un parti pris idéologique

L’utilisation du terme « intersectionnalité » dans le document Horizon Europe est encore plus révélatrice de son parti pris idéologique.

Le concept d’« intersectionnalité » a été inventé en 1989 par Kimberlé Williams Crenshaw, une militante féministe, dans le contexte racial des États-Unis. Elle repose sur l’idée que les « dominations » (sexe, classe, genre, ethnique) ne sont pas indépendantes les unes des autres, qu’elles s’entrelacent, voire se renforcent et finissent par former un « système ».

Pour revenir au « genre » et au programme Horizon Europe, il ne s’agit pas simplement d’un discours bien-pensant et d’un idéal mais d’une obsession de la parité absolue qui entend imposer « plus de femmes participant à des programmes de recherche et d’innovation ». La doctrine est claire : « l’intégration de la dimension de genre dans les contenus de recherche et d’innovation (c’est-à-dire le sexe et l’analyse de genre) devient une exigence par défaut à travers tout le programme ». Pour illustrer le caractère coercitif de la « nouvelle éligibilité pour avoir accès aux financements d’Horizon Europe : il sera nécessaire pour les organismes publics, les organismes de recherche et les établissements d’enseignement supérieur, à partir de 2022, d’avoir mis en place un plan d’égalité des sexes ». L’objectif politique est « d’assurer un changement institutionnel durable ». Et pour qui n’aurait toujours pas compris : « L’équilibre entre les sexes parmi les chercheurs impliqués dans les projets sera fortement encouragé et sera pris en compte pour des propositions classées à égalité. »

Des « actions militantes » à tous les étages

Il n’en faut évidemment pas plus pour que les directions desdits organismes publics se mettent à agiter leur « plan d’égalité des sexes ». Il ne faut d’ailleurs pas les pousser beaucoup puisqu’il est déjà écrit dans le Code de l’éducation français que l’enseignement supérieur « contribue » à la « construction d’une société inclusive » (article L.123-2) et qu’il « mène une action contre les stéréotypes sexués, tant dans les enseignements que dans les différents aspects de la vie de la communauté éducative » (article L.123-6). Comme le souligne le professeur de droit public Anne-Marie Le Pourhiet dans la Revue française de droit administratif (mars-avril 2021) : « Littéralement, chaque universitaire semble donc ainsi invité par le législateur à ‘mener des actions’ militantes dans ses cours. »

Suite à un accord signé le 30 novembre 2018 entre le ministre chargé de la Fonction publique et des organisations syndicales, on voit ainsi proliférer dans l’Enseignement supérieur et les institutions de recherche des « plans d’égalité professionnelle femmes-hommes1«  et des postes de chargé de mission « égalité femmes-hommes et luttes contre les discriminations2« . Le programme de rééducation idéologique peut porter le doux nom de « mentorat » ; ce dernier « fait partie des formes d’apprentissage à moyen et à long terme pour offrir un champ des possibles, des savoirs-être et des attitudes aux personnes. Le mentorat est ainsi une forme de guidance, de transmission, reposant sur des valeurs de compagnonnage3« . Citons aussi, pour favoriser la pratique de l’écriture inclusive, une formation à l’écriture « épicenne » (sic), en l’occurrence à l’Université Grenoble-Alpes, pour remplacer une « langue traduisant des stéréotypes masculins et féminins » par une autre « garante de changement égalitaire ». Pris individuellement, ces trois mots sont bien présomptueux ; ensemble ils deviennent effrayants !

Des officines à la manœuvre

L’idéologie et le business faisant souvent bon ménage, on constate le développement d’officines proposant « la mise en place d’une formation sur la prévention des violences sexuelles et sexistes ». La tendance qui se dessine est, pour les directions des institutions académiques et de recherche, de rendre ces « formations » obligatoires pour tout le personnel et les étudiants, accréditant ainsi l’idée fausse que le monde académique serait massivement sujet à ces « violences ».

À l’instar des séminaires racialistes interdits aux blancs, on voit également apparaître des formations réservées aux femmes, donc objectivement interdites aux hommes. Ainsi le stage « Osez les carrières au féminin4« , organisé conjointement à Grenoble par la Ville, le CCAS, la Métropole, le CNRS et l’Université, affiche comme buts de « renforcer sa confiance en soi, s’affirmer et s’engager dans l’action », etc.  Ces objectifs sont louables, mais n’est-ce pas « sexiste » que de les réserver aux femmes ? Pourquoi un webinaire5 objectivement sexiste du CNRS  « Quels impacts de la crise du Covid-19 sur la carrière des femmes dans l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation ? ». On peut mentionner également les « 26 chercheuses des laboratoires rattachés au CNRS récompensées par le Prix Jeunes talents France pour les femmes et la Science 20206« .

Que ces purs produits idéologiques enfreignent les valeurs universalistes et du mérite de la science semble avoir échappé à l’attention des chefs d’établissements scientifiques ou universitaires. Il ne s’agit pas de prétendre que l’on ne trouvera jamais l’expression d’une sorte de misogynie parmi les chercheurs (plus âgés), mais ce n’est qu’une minorité infime et en voie de disparition, pas une tendance culturelle, et certainement pas un « système ».

Le retour du paradoxe de Tocqueville

Nous ne discuterons pas ici des diverses théories qui tentent d’expliquer pourquoi on n’atteint pas une parité parfaite entre les sexes dans les diverses disciplines scientifiques (dans certaines, il y a plus de femmes !). Ni des publications douteuses (pour rester poli) qui prétendent y avoir identifié du sexisme. En réalité, nous pouvons voir dans cette quête de la parité une nouvelle forme du paradoxe de Tocqueville — de l’insatisfaction croissante — qui veut que plus une situation (économique, sociale) s’améliore, plus l’écart restant, par rapport à une situation jugée idéale, est intolérable pour ceux qui sont pourtant les bénéficiaires de l’amélioration. S’y ajoute, comme le montrent les exemples ci-dessus, un discours victimaire à l’adresse des femmes et, implicitement, de culpabilisation des mâles blancs. Il s’agit d’un projet politique, qui rejoint celui du « wokisme » et du courant « décolonial », où le coupable désigné est toujours le même et les victimes interchangeables.

Que les institutions qui se soumettent à cette idéologie ne s’y trompent pas : aujourd’hui on compte les femmes dans les labos, demain on comptera les « racisés » et après-demain les homosexuels. Qu’il me soit permis de ne pas souhaiter une telle évolution.

__________
1. Par exemple, à l’École Centrale de Lyon, à l’Université de Lorraine, à l’Université Paris-Saclay.
2. Par exemple à l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, à l’Université Lyon 1.
3. Université Grenoble Alpes.
4. Terresdesens.com.
5. Institut-du-genre.com.
6. Cnrs.fr.

Source : « Facs, recherche : elles voient des machos partout ! », Causeur, 15 juillet 2021.
L’auteur : Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de physiologie cellulaire végétale. Médaille d’or 2017 de l’Académie d’agriculture de France, il est également enseignant à l’Université Joseph-Fourier (Grenoble). Il tient quotidiennement le blog OGM : environnement, santé et politique et il est l’auteur de Les OGM, l’environnement et la santé (Ellipses Marketing, 2006). Il a publié, en février 2014, OGM, la question politique (PUG).

Auteur : Gabriel des Moëres

Vieux gaulliste, républicain exigeant, humaniste et conservateur.

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