Démocratie

Tandis que la dénonciation obsessionnelle de « la domination » et la victimisation martyrologique ad aeternam des femmes, des Noirs ou des musulmans, annulent toute perspective historique de progrès social et sapent consciencieusement notre démocratie, la dictature fait des émules inattendus et les régimes assassins se trouvent de nouveaux idiots utiles pour consolider leurs impostures.

Renée Fregosi, Revue des Deux Mondes, 23 juillet 2021.

« La réhabilitation de la dictature passe aussi par les attaques directes contre la démocratie. Celles-ci prennent principalement deux formes. Une option consiste à accréditer l’idée que la dictature serait un fantasme ou un épouvantail brandi par les démocraties pour se valoriser et justifier leur ignominie. On peut ainsi lire de la part d’une universitaire en titre : ‘La dictature apparaît en réalité aujourd’hui surtout comme un objet discursif construit à des fins identitaires de légitimation de la démocratie (et donc de la supériorité de l’Occident) : en effet pour que la démocratie demeure ‘le pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres’, il faut que son Autre, la dictature, soit synonyme d’enfer’1. Une autre tactique inverse complétement l’ordre des facteurs et fait entendre à l’envi que l’‘on n’est absolument pas en démocratie’ et qu’il s’agit donc de considérer, dans les pays occidentaux bien sûr, les nouveaux désobéissants comme des ‘citoyens’ plutôt que comme des ‘délinquants’ ou des ‘fossoyeurs de l’ordre public’2.

On assiste en effet depuis plusieurs années à la construction d’une nouvelle pensée dominante en Occident, qui du milieu universitaire a gagné la sphère médiatique et a repris dans la gauche politique, l’hégémonie jadis perdue par le bolchevisme. Tandis que l’adhésion à la conception social-démocrate de la démocratie a progressé partiellement dans certains secteurs de la droite républicaine et sociale, elle a considérablement régressée à gauche et tout particulièrement parmi les universitaires. Tandis que la dénonciation obsessionnelle de ‘la domination’ et la victimisation martyrologique ad aeternam des femmes, des Noirs ou des musulmans, annulent toute perspective historique de progrès social et sapent consciencieusement notre démocratie, la dictature fait des émules inattendus et les régimes assassins se trouvent de nouveaux idiots utiles pour consolider leurs impostures.« 

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1. Eugénie Mériau, La Dictature, une antithèse de la démocratie ? : 20 idées reçus sur les régimes autoritaires. p.221, éditions Le Cavalier Bleu, Paris, 2019.
2. Manuel Cervera-Marzal, Les Nouveaux désobéissants – Citoyens ou hors-la-loi ?, éd. Le Bord de l’eau, 2016.

Source : Renée Fregosi, « Dictature, ‘démocrature’ et imposture », Revue des Deux Mondes, 23 juillet 2021.

Auteur : Gabriel des Moëres

Vieux gaulliste, républicain exigeant, humaniste et conservateur.

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