Saint-Denis ou Saint-Déni ?

Deux violentes agressions homophobes ont eu lieu en marge d’une fête à Saint-Denis. Entre invisibilisation des auteurs et dissimulation des ressorts culturels de ces phénomènes, l’idéologie intersectionnelle se retourne contre les minorités.

Le 18 juillet dernier, des associations gay avaient organisé une fête à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), après un an et demi de restrictions sanitaires. En fin de journée, les choses se sont gâtées : « Dans un premier temps, trois spectateurs se sont fait agresser physiquement et par des insultes d’une trentaine de personnes. Deux organisateurs ont également été violentés à la fin de l’événement, vers 20h30 », indique la ville au magazine Têtu, annonçant aussi qu’une plainte serait déposée.

Un témoin de l’agression raconte avoir vu un fêtard pris à partie et frappé. « À ce moment, des dizaines de personnes sont arrivées : la rue était noire de monde. Ils ont distribué des tartes à tout le monde. C’était d’une violence inouïe ». Au moins quatre personnes auraient pris des coups. « On entendait des ‘dégagez d’ici, sales pédés’ et d’autres insultes homophobes. C’était surréaliste », témoigne-t-il. Selon lui, les hommes se sont dispersés de peur de l’arrivée de la police. Trois personnes « amochées » ont trouvé refuge au festival électro à proximité. D’autres témoins, cités par Le Parisien, parlent de « violence incroyable » et d’« apocalypse ».

Une seconde agression a eu lieu alors que les organisateurs démontaient le lieu. Un organisateur raconte : « Dix à quinze jeunes agacent une mère et son enfant. Ils lancent des insultes homophobes et je tente de dialoguer avec eux pour les calmer. » Les jeunes lancent des insultes aux organisateurs et participants. « Ils cherchent clairement l’embrouille et menacent de casser une arche aux couleurs de l’arc-en-ciel que nous avions réalisée », indique-t-il. Alors qu’une autre organisatrice hausse le ton, un jeune la pousse avant de casser l’arche. « Je m’interpose et je prends une patate. Heureusement que les autres sont intervenus, sinon je me serais fait savater », déplore l’organisateur de l’événement.

« Nous sommes très choqué·es et très tristes de constater que tout le monde ne partage pas la même réalité dans notre bulle d’after pleine d’amour et de liberté. Nous sommes aussi désolé·es que la journée ait pu finir dans la violence pour certain·es », déplore l’association « Les Sœurs malsaines », co-organisatrice de la fête du 18 juillet, qui devrait néanmoins décider de ne pas porter plainte :

Extrait du Parisien.

Têtu rappelle pourtant que les agressions homophobes « semblent se multiplier en France ». A quelques jours de là, un couple gay était passé à tabac en Corse et une autre agression aurait eu lieu à Bobigny (toujours en Seine-Saint-Denis), où se déroulait une soirée queer et on pourrait multiplier les exemples.

Le fait est, face à ces actes révoltants, que le niveau de médiatisation et d’indignation sont à géométrie variable. Si Le Parisien s’est emparé de la dernière expédition à Saint-Denis, l’histoire n’a pas fait beaucoup de vagues dans la presse et même dans les réseaux sociaux et il faut voir les trésors de pudeur qui entourent la relation des faits pour ne pas décrire le profil des « groupes de jeunes » qui se rendent coupables de ces actes de haine. Pourtant, si l’homophobie demeure une réalité, elle a très fortement reculé ces vingt dernières années dans toutes les franges de la population à une exception : une étude menée par l’IFOP relatée par Marianne indiquait en 2019 que 63 % des personnes de confession musulmane interrogées perçoivent l’homosexualité comme « une maladie » ou « une perversion sexuelle », contre 20 % chez les catholiques pratiquants et 10 % chez les « sans religion ».

Dissimulation, déni, crainte de stigmatiser, peur des représailles… c’est malheureusement une forme d’omerta qui règne dans des territoires où l’homophobie — comme d’ailleurs l’antisémitisme — sont, au sein de certaines communautés musulmanes, des traits culturels dominants.

La France n’a, d’ailleurs, nul monopole de ces petites « lâchetés ». La dissimulation, à Amsterdam, d’un rapport sur l’homophobie selon lequel son expression émanait principalement de jeunes issus de l’immigration marocaine provoque actuellement de vives polémiques. On y lit aussi que des personnes agressées refusent elles-mêmes de se défendre ou de désigner l’origine des agresseurs par crainte de passer pour racistes.

Le plus attristant, dans cette affaire, est peut-être l’attitude de ceux qui se laissent humilier et brutaliser en niant la racine du problème par on ne sait quel réflexe de solidarité entre minorités. C’est bien là que l’on touche du doigt l’une des dérives perverses de l’intersectionnalité. Quand bien même la notion présenterait, dans le champ des sciences sociales, un intérêt méthodologique, on constate ici l’instrumentation dont elle fait l’objet dans le champ politique pour reconstruire un réel conforme à la subjectivité des « concernés » sans, in fine, régler aucun problème.

Auteur : Gabriel des Moëres

Vieux gaulliste, républicain exigeant, humaniste et conservateur.

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