Le Portugal aussi verse dans le progressisme woke

Le gouvernement dirigé par le socialiste António Costa a annoncé la mise en œuvre d’un programme antiraciste et inspiré de l’idéologie intersectionnelle, au risque de favoriser un opposant populiste. Quand le « progressisme » fait le jeu de qui-vous-savez.

Alors que le Portugal déconfine, son gouvernement se lance dans le cantonnement des idées façon woke : avec son « Plan national de combat contre le racisme et les discriminations 2021-2025 », il entend, en cinq ans, porter de 150 à 500 le nombre de places dans l’enseignement supérieur réservées aux élèves issus des « territoires éducatifs d’éducation prioritaire ». L’engagement peut sembler anecdotique, notamment au regard de ce qui se pratique déjà en France depuis plusieurs années, d’autant plus que, selon le quotidien portugais Público, le gouvernement « ne souhaite pas développer une politique d’action positive à travers l’origine ethnique ou raciale des élèves ». C’est du moins le discours officiel. On peut en effet se demander pourquoi l’accompagnement de ces programmes est pris en charge par le Haut-Commissariat aux migrations, de même qu’on peut s’étonner que le gouvernement veuille « aussi lancer en 2022 un concours spécial pour soutenir les projets d’investigation sur l’esclavage et le colonialisme, et la présence de groupes discriminés dans la Fondation pour la science et la technologie ».

Rosa Monteiro, sociologue de formation, auteur d’une thèse sur « le féminisme d’État au Portugal » et désormais secrétaire d’État à la Citoyenneté et aux Inégalités, s’enthousiasme pour cet ambitieux programme fondé sur des principes comme la déconstruction des stéréotypes et l’intersectionnalité. Avec pas moins de 800 mesures et « 200 activités coordonnées », il s’agit là « du plan le plus significatif parmi les sept qui ont déjà été élaborés », avec pour objectif de franchir le « pas décisif permettant de sortir de cette situation » où le racisme aurait été « un non-dit dans nos approches personnelles et institutionnelles pendant trop longtemps », explique-t-elle.

Même si ces initiatives ne sont pas révolutionnaires, elles marquent un tournant symbolique majeur dans un pays encore particulièrement rétif à faire face à son passé colonial. Il y a quelques mois, le Conseil de l’Europe mettait d’ailleurs la pression alors que Lisbonne s’apprêtait à inaugurer son premier « Mémorial des victimes de l’esclavage » mais, le 28 juillet dernier, le Parlement portugais est pourtant allé à contre-courant de cette tendance en refusant de voter un projet de loi qui avait été proposé par Joacine Katar Moreira, députée du parti Livre (« libre » en portugais), tendant à entamer un processus d’inventaire et de restitution des œuvres d’art que l’ancienne puissance coloniale s’était appropriées notamment en Mozambique et en Angola. Le texte avait fait bondir l’extrême-droite, qui venait alors d’entrer à l’Assemblée nationale, et s’est vu retoqué sans long débat.

Grain à moudre

Ce retour de l’extrême-droite au Parlement avait résonné comme un coup de tonnerre dans un pays encore marqué par cinquante années de régime autoritaire sous la férule d’Antonio de Oliveira Salazar. Les 12 % de suffrages récoltés par le parti Chega (qu’on pourrait traduire par « Ça suffit ! »), créé en 2019 par un ancien commentateur sportif, André Ventura, lors de la dernière élection présidentielle, ont sonné comme un réveil douloureux… Parlant d’interner les Roms dans des camps pour lutter contre le Covid-19, Ventura met son franc-parler ouvertement xénophobe et ses références douteuses à Salazar au service d’un parti qui a le vent-en-poupe.

Appelant à « renvoyer » en Guinée la députée Joacine Katar Moreira, Ventura a trouvé dans les initiatives « antiracistes » et « décoloniales » qui se multiplient au Portugal du grain à moudre pour Chega. Selon les dernières enquêtes d’opinion, il se serait hissé au rang de troisième force politique du pays et son score aux prochaines élections municipales, en septembre, fera l’objet de toutes les attentions.

Source : Alexis Brunet, « Le Portugal entre repentance et national-populisme », Causeur, 2 août 2021.

Auteur : Gabriel des Moëres

Vieux gaulliste, républicain exigeant, humaniste et conservateur.

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