Couleursdujv.fr : un annuaire professionnel interdit aux blancs

Quand la promotion de la diversité tourne à la discrimination sur des critères raciaux, pratiquée en toute décontraction par la société TavroxGames, avec des subventions publiques s’il-vous-plaît.

Yannick Elahee, brillant patron-fondateur de la société TavroxGames, développe avec une petite équipe des jeux « intelligents ». Neurodeck, sa première livraison sortie en mars dernier, explore le registre des émotions, des phobies et de la santé mentale. Manifestement passionné et infatigable, il est aussi engagé et le revendique. « TavroxGames est une société créée par Tavrox pour produire des jeux. Nous sommes antiracistes, antisexistes et voulons créer des jeux qui encouragent la diversité, l’empathie et le respect. » : c’est sur ces mots que débute la présentation de la société.

Pour aller un peu plus loin que les affirmations gratuites, Yannick Elahee a monté une plateforme de recensement de compétences réservée aux « gens de couleur » — expression choisie « en écho aux luttes historiques ». Baptisée « Couleurs du jeu vidéo » et visible à l’adresse Couleursdujv.fr, cet annuaire est encore modeste mais entend « rassembler toutes les personnes qui s’identifient comme non blanches, incluant celles qui pensent passer le ‘white-passing‘ ».

Cette initiative, débusquée par L’Incorrect, est loin d’être isolée. Au-delà des réseaux professionnels communautaires, qui existent depuis longtemps, l’émergence de projets axés sur la solidarité entre « racisés » et imbibés d’idéologie intersectionnelle dans la sphère professionnelle est de plus en plus visible.

Face à cette tendance, le problème est toujours le même : derrière une bonne volonté réelle ou feinte de justice sociale, c’est le plus haut degré de discrimination qui est mis en œuvre. On ne parle même plus ici de réunions « non mixtes » ou de safe spaces, mais bien d’exclusion a priori d’individus sur le fondement de leur couleur de peau.

Est-il encore, dans ces conditions, question de justice sociale ? Après un démarrage laborieux de son jeu Neurodeck, Yannick Elahee se démène beaucoup pour le promouvoir, recruter de nouveaux développeurs pour l’améliorer et trouver des financements. En lançant Couleursdujv.fr, il songe moins à défendre les minorités qu’à sauver son projet. La diversité et l’inclusion, thèmes à la mode, constituent des axes de communication porteurs pour capter l’attention des médias et gagner en audience auprès d’une frange importante de la jeunesse. Peu importe que l’équipe actuelle de TavroxGames soit aujourd’hui particulièrement pâle…

De plus, on aura du mal à nous convaincre que, dans le monde structurellement jeune et progressiste du gaming, la couleur de peau d’un développeur ou d’un graphiste soit un réel enjeu. Dès lors, il s’agit vraisemblablement moins de corriger des discriminations à l’embauche qui relèvent du fantasme que de surfer sur l’idéologie woke pour se forger une image auprès du public et, peut-être aussi, de certains financeurs.

Or, justement, Neurodeck et TavroxGames s’appuient largement sur des subventions respectivement versées par la Région Occitanie et le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Ce dernier dispose en effet d’un Fonds d’aide au jeu vidéo plein de bonnes intentions puisqu’il entend soutenir une filière dans laquelle excellent les Français et, dans le même temps, défendre des causes sociétales1.

Porteuse, cette approche racialiste n’est pas moins pernicieuse car, là comme ailleurs, considérer la réalité économique et sociale sous le prisme de la couleur de peau, c’est ouvrir une trappe qui aspire et fragmente la société tout entière. On crée d’abord des lignes de démarcation (blancs versus « reste du monde ») et on détermine ensuite qui peut se positionner d’un côté et de l’autre de ces lignes (ou bien dans et hors du périmètre, ce à quoi revient la création d’un annuaire réservé aux « gens de couleur »). De ce fait, on contribue à instaurer, peu à peu, un régime de concurrence entre des groupes constitués sur des critères qui focalisent l’énergie critique, détournent l’attention du réel facteur de domination — la détention du capital — et, au bout, finissent par justifier les pires massacres.

Pourquoi Tavrox ne réfléchirait-il pas, pour son prochain projet, à un jeu de civilisation qui explorerait ce type de scénario ?…

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1. Ainsi, lit-on sur le site : « Pour solliciter une aide, vous devez avoir suivi ou être inscrit à la formation ‘Prévenir et Agir contre les violences sexistes et sexuelles‘ et avoir respecté les obligations liées (voir détails dans les dossiers de demande) ».

Auteur : Gabriel des Moëres

Vieux gaulliste, républicain exigeant, humaniste et conservateur.

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