L’écriture inclusive pourrait devenir obligatoire en Fédération Wallonie-Bruxelles

Nadia Geerts rapporte régulièrement dans Marianne des nouvelles de Belgique. Cette semaine, elle nous apprend qu’un décret risque d’imposer, à compter du 1er janvier prochain, l’écriture inclusive en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Un cheval, une jument. Un porc, une truie. Une oie, un jars. Un mouton, une brebis. Un tigre, une tigresse. Que la langue française est bien faite ! Le monde du vivant est composé de mâles et de femelles, aussi avons-nous un nom pour désigner lesdits mâles et lesdites femelles. En tout cas, lorsque cela nous semble utile…

Car les antilopes, perroquets, crocodiles, hippopotames, autruches et autres saumons n’ont pas cette chance : pour eux, un seul terme, générique. Il faut se rendre à l’évidence : les girafes mâles, tout comme les rhinocéros femelles, sont invisibilisés par la langue française. Et peut-être avez-vous, comme moi, toujours un peu de mal à imaginer une girafe mâle ou un rhinocéros femelle.

Et tel est l’argument des partisans de l’écriture inclusive : la langue, selon eux, doit refléter l’humanité réelle, et celle-ci n’est pas asexuée. On remarquera au passage qu’il est assez piquant que l’on veuille rendre visible la binarité de l’espèce humaine alors que, dans le même temps, cette binarité est de plus en plus contestée, mais passons : peut-être après tout le point médian contient-il cet infini des possibles qui s’ouvre à chacun de nous, en ce riant début de 21e siècle, en matière de définition de son identité de genre.

Neutralité et invisibilisation

Aussi un décret devrait-il bientôt être approuvé, qui imposera l’écriture inclusive dès le 1er janvier prochain en Fédération Wallonie-Bruxelles, et ce à toutes les autorités officielles, reconnues ou subventionnées par la Communauté française. Pas question cependant d’imposer le point médian : il ne s’agit que de préconiser l’utilisation des formules doubles — « agriculteurs et agricultrices » — ou de celles qui ne varient pas en genre — « médecins », « artistes ». Et l’utilisation du masculin générique reste autorisée, à condition que la mixité de fait de l’objet désigné ait été préalablement établie de manière claire. L’usage de la forme passive est recommandé pour contourner certaines difficultés, et il sera obligatoire de faire suivre le nom d’une fonction formulée au masculin et féminin par la mention F/M/X.

Bénédicte Linard, ministre des Droits des femmes (Ecolo) à l’origine du projet promet que l’écriture inclusive sera utilisée lorsqu’elle ne nuit pas à la lisibilité. Le décret préconise également des formes alternatives qui permettent de la visibilité aux femmes. Le texte fait également constat des stéréotypes véhiculés par la langue française. « Ces normes ont contribué à rendre notre discours sexiste et invisibilisent les femmes » a-t-elle déclaré.

Ainsi, ne dites plus « les moutons », inacceptable négation de la gent brebis, mais « les moutons et les brebis ». Si vous dites « les chevaux », ayez soin de préciser auparavant que vous incluez évidemment les juments dans ce terme générique. Ne dites plus : « les hippopotames sont nourris à 17 heures », scandaleuse invisibilisation des dames hippopotames, mais « le nourrissage des hippopotames a lieu à 17 heures ». Et bien sûr, si vous cherchez à adopter un animal de compagnie, précisez bien : F/M/X.

Dans ce projet ambitieux, l’encouragement à l’utilisation de formes qui ne varient pas sonne comme une regrettable rupture de style. Car comment nier que l’apparente neutralité de termes tels que « ministre », « archéologue » ou « syndicaliste » contribue à l’invisibilisation des femmes ? Quelle différence cela fait-il en réalité de parler de cochons en oubliant de mentionner les truies, ou de gorilles en n’ayant même pas, violence symbolique insigne, imaginé de nom pour désigner les sympathiques dames gorilles ?

Pas la vocation de la langue

Heureusement, il y a des antilopes, des baleines, des grenouilles, des mouches, des vipères et des souris. Et de même, il y a des vedettes, des égéries, des célébrités, des sentinelles, mais aussi des crapules et des fripouilles…

Autant d’épicènes féminins qui n’excluent évidemment pas l’existence de mâles dans cette catégorie. Car la langue, aussi douloureux que cela puisse paraître, n’a pas pour vocation de nommer de manière exhaustive chacun des individus concernés par un terme générique.

Élèves, administrés, célébrités, chauffagistes, délinquants, mandataires, auteurs, gauchistes ou intersexués, ils sont là, même si on ne les voit pas, quel que soit leur sexe, couleur religion, condition sociale, orientation sexuelle ou sensibilité politique, par la magie du mot. C’est cela qu’il faudrait enseigner à nos élèves (F/M/X) sous peine d’en faire bientôt des imbéciles (n.m.) érigés en victimes (n.f.) auto-proclamé.e.s.

Source : Nadia Geerts, « Ne dites plus ‘les moutons’, inacceptable négation de la gent brebis ! », Marianne, 4 octobre 2021.

Auteur : Gabriel des Moëres

Vieux gaulliste, républicain exigeant, humaniste et conservateur.

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