Christine and the wokes

La fluidité de l’identité semble devenir une question de survie sur les réseaux sociaux. La chanteuse Christine and the Queens, devenue Chris puis Rahim, s’est fait tomber dessus pour appropriation culturelle avec, à la clé, un nouveau changement d’enseigne. Entre wokisme et marketing, le sentier de la gloire intersectionnelle s’avère de plus en plus périlleux mais au bout du chemin…

Christine and the Queens, danseuse, chorégraphe et chanteuse reconnue sur le terrain artistique, se fait également remarquer sur la scène médiatique pour ses engagements politiques et identitaires. Icône queer, Héloïse Letissier, de son vrai nom, est considérée en 2016 comme la personnalité française la plus influente au monde selon Vanity Fair et Forbes la désigne, en 2017 et 2018, parmi les Européens de moins de 30 ans les plus influents au monde. En 2017, Forbes la classe en tête des « leaders de la nouvelle génération qui recréent le monde » et souligne sa capacité à déconstruire les notions de genre et à proposer une voie alternative aux normes culturelles et sociales. Rien que ça.

Héloïse, étendard d’une génération qui ne connaît pas grand-chose d’autre que le présent, aux caprices duquel elle obéit, trouve intéressant et peut-être même nécessaire de redéfinir chroniquement son identité artistique. Ainsi, après plusieurs évolutions menant au très épuré « Chris », dûment dégenré, elle a dû se rendre à l’évidence : impossible d’obtenir un bon référencement sur les moteurs de recherche avec un nom aussi banal. Branle-bas de combat, tempête de cerveau et un nouvel avatar apparaît le 12 octobre : « Christ » ayant été rapidement écarté pour des raisons évidentes, il faudra désormais l’appeler… Rahim. En fait de pied de nez à Eric Zemmour et son obsession pour les prénoms « bien de chez nous », elle est allée piocher parmi les 99 noms d’Allah, celui qui le désigne comme le compatissant et miséricordieux. Sauf que… « Imaginer qu’un tel acte passerait crème était sans compter sur le piège évident, permanent et définitif que révèle l’intersectionnalité, ironise Benjamin Sire dans Le Figaro Vox. Prétendant faire marcher à l’unisson des luttes tout à fait incompatibles entre elles, au prétexte de défendre tous les opprimés et victimes de dominations d’une seule voix, elle est fondée sur une impossible recherche de pureté morale, qui verra toujours certains de ses militants se faire contester par d’autres s’envisageant plus purs qu’eux. »

Ni une ni deux, la Toile s’est embrasée pour dénoncer une « appropriation culturelle » caractérisée avec circonstance aggravante de transracialisme, autrement dit adoption d’une « identité raciale » autre que celle à laquelle la naissance l’a assignée.

Guillaume Erner voit là une représentation de la thèse de la chercheuse américaine Lilliana Mason : pour elle, la prédominance des identity politics veut que « l’appartenance politique détermine le soi, et le non-soi, à la fois son identité et les identités dont on veut se distinguer » et produit également des collisions mentales ingérables pour ses tenants. Rahim se voulait le choix intersectionnel par excellence, réunissant en un même hommage la non-binarité, une minorité « racisée » et une religion dénigrée par le vilain Occidental conservateur… mais à woke, woke et demi : la patrouille n’a pas tardé à la rappeler à sa blanchité.

Notons, au passage, que si l’identité de genre se droit d’être totalement fluide en Wokistan, il en est tout autrement de l’identité raciale ou ethnique, fixée une fois pour toutes par l’héritage génétique. Allez savoir pourquoi.

Toujours est-il qu’Héloïse, avant de se retrouver dans la fâcheuse posture de ces idoles retrouvées brûlées sur l’autel de la cancel culture, s’est empressée de réagir : plates excuses à la communauté offensée et, derechef, un nouveau changement d’appellation. Radicalement simple, elle se fait désigner par un simple point. Point final à des lubies ridicules ? On se prendrait presque à voir, dans ce choix, le point d’aboutissement inéluctable des idéologies identitaires : la multiplication des facteurs de domination conduit mathématiquement à la partition du groupe en subdivisions de plus en plus nombreuses, de plus en plus spécifiques, de plus en plus illisibles et contradictoires, jusqu’à arriver à l’échelle des particules élémentaires. Au bout du processus, l’individu retourne à sa singularité à la fois éminente et infinitésimale.

En somme, ce « point » ne serait-il pas le point de fuite vers lequel convergent toutes les routes, là où se réunissent les caravanes de toutes les tribus, cet horizon où se retrouvent dans leur commune humanité les enfants de colons et les enfants d’esclaves, les hommes, les femmes et même Héloïse-Christine-Chris-Rahim-Point ?


Références

. Benjamin Sire, « Benjamin Sire : ‘Christine, Rahim, et le piège identitaire« , Le Figaro Vox, octobre 2021.
. François Darras, « Christine and The Queens dans la tourmente : aidez-la à trouver son nouveau nom d’artiste », Marianne, 14 octobre 2021.
. Guillaume Erner, « La chanteuse Christine and The Queens ne s’appelle plus ainsi », France Culture, 11 octobre 2021.

Auteur : Gabriel des Moëres

Vieux gaulliste, républicain exigeant, humaniste et conservateur.

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