« Privilège blanc » et « mâle dominant » sont-elles en réalité des formules racistes et sexistes ?

Se focaliser sur la « racialisation » et la « domination masculine », c’est préparer les conditions idéologiques d’une victoire du Rassemblement national. Un texte du 22 mars 2021 signé notamment par Nathalie Heinich, Jacques Julliard et Catherine Kintzler.

La victoire de Donald Trump en 2016 fut largement imputable à la division de ses adversaires, comme l’ont enfin compris les démocrates américains. Les premiers facteurs de division de la gauche en Amérique furent, d’une part, l’insistance sur la race comme catégorie politique et, d’autre part, l’occultation des rapports d’exploitation par les rapports de domination mis en avant tant par le courant « décolonial » que par le courant néoféministe, qui ont remplacé l’antiracisme et le féminisme universalistes par des revendications identitaristes et différentialistes. C’est ainsi que se sont imposées sur le devant de la scène, au nom de l’antiracisme et de l’antisexisme, des formules aussi perversement racistes et sexistes que celles de « privilège blanc », de « blanchité » ou de « mâle blanc dominant ».

Ces facteurs de division sont à présent largement répandus en France. Ils connaissent un essor d’autant plus important que les milieux « décoloniaux » s’emploient à discréditer les institutions, à coup d’accusations de « racisme d’État », pour « casser la République en deux », selon la formule revendiquée par le philosophe et inspirateur du mouvement « indigéniste » Norman Ajari. Comme eux, les islamistes dénoncent un « racisme systémique » fantasmé et une « islamophobie » brandie comme un interdit de critiquer l’islamisme, notamment après chaque campagne d’attentats. Et, de fait, l’affaire du burkini éclate à Nice deux semaines après l’attentat du 14 juillet, avec pour effet de faire passer le massacre à la trappe.

Chaque critique des effets du fondamentalisme islamique sur la société française se voit ainsi délégitimée par un dispositif idéologique auquel nombre de militants de gauche et, hélas, de chercheurs prêtent leur concours, lorsqu’ils n’en sont pas les porte-voix les plus efficaces, à l’instar des soutiens à Tariq Ramadan avant qu’il ne soit mis en examen pour viol. Enfin de nouvelles attaques contre la laïcité, accusée de n’être qu’une arme visant les musulmans, s’ajoutent à cet arsenal typique de « l’islamogauchisme », auquel seuls les faux aveugles ou les ignorants dénient toute réalité.

Complaisance idéologique

Ces derniers mois, un nombre croissant d’enseignants du secondaire et du supérieur ont dû être placés sous protection policière après des accusations « d’islamophobie » suivies de menaces de mort. Ceci éclairant cela, vingt-cinq organisations liées aux mouvements islamistes ont écrit le 8 mars à la présidente de la Commission européenne pour lui demander d’agir contre les « lois islamophobes françaises » : en cinquante-six points, cette lettre condamne la loi contre les séparatismes et souligne que le « gouvernement français a exploité l’assassinat de Samuel Paty pour son propre agenda raciste, discriminatoire et islamophobe ».

Une partie de la gauche s’est laissée berner, par complaisance idéologique ou par aveuglement. C’est ainsi que le 10 novembre 2019 La France Insoumise, le PCF et la CGT défilèrent avec le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF, aujourd’hui dissous), dans une manifestation au cours de laquelle on scanda Allahou Akbar et où des enfants furent affublés de l’étoile jaune à cinq branches, assimilant ainsi de façon abjecte le statut des musulmans aujourd’hui à celui des Juifs sous l’Occupation.

Et lorsque, plus récemment, Jean-Michel Blanquer puis Frédérique Vidal dénoncèrent le terreau de complaisances intellectuelles à l’Université qui, au nom de la « lutte contre l’islamophobie », aboutissent à une complicité idéologique avec l’assassinat d’un enseignant, des pétitions d’universitaires militants s’empressèrent de nier le problème, assimilant la critique des dérives islamistes et la défense de la laïcité aux valeurs de Pétain (pétition internationale du 4 mars 2021), d’Orban et de Trump (tribune de Sandra Laugier dans Libération du 12 mars 2021). Mais les a-t-on jamais entendus dénoncer l’islamo-fascisme des fondamentalistes de l’islam politique, qui encouragent voire pratiquent ouvertement l’intolérance, la violence, le sexisme et l’homophobie ?

Source : « ‘Privilège blanc’ et ‘mâle dominant’ sont-elles en réalité des formules racistes et sexistes ? », L’Obs, 22 mars 2021.

Auteur : Gabriel des Moëres

Vieux gaulliste, républicain exigeant, humaniste et conservateur.

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