Rokhaya et Josephine

Rokhaya et Josephine

Nathalie Bianco a bien voulu nous permettre de partager ici un savoureux billet d’humeur qu’elle a commis le 4 décembre au moment où toute la France célébrait l’entrée au Panthéon de Josephine Baker. Toute ? C’était compter sans Rokhaya Diallo, toujours là pour gâcher la fête (sauf si on lui prête des fringues de luxe).

Rokhaya Diallo, c’est un peu la voisine revêche du 3e étage, celle qui a toujours l’air de vous en vouloir, celle qui vous salue d’un air pincé dans le hall et dont vous sentez encore, longtemps après l’avoir croisée, le regard hostile sur votre nuque. Celle qui réussit à vous faire sentir coupable, sans bien savoir pourquoi. Auriez-vous par hasard, sans vous en rendre compte, sali les escaliers en descendant la poubelle ? Vos enfants feraient-ils trop de bruit ? Vaguement inquiets, vous n’osez même plus écouter de la musique. C’est aussi cette collègue qui vous a pris en grippe dès le premier jour et qui ne rate jamais une occasion de colporter des ragots sur vous en votre absence. Celle qui fulmine intérieurement le jour où vous avez une promotion et qui prétexte une réunion pour ne pas vous croiser au self et devoir vous féliciter. (De toute façon, dans les jours qui suivent, elle ira raconter partout que vous avez dû obtenir le poste par des moyens douteux.)

C’est enfin cette copine-vipère qui masque sa jalousie sous des remarques et des conseils empreints d’une fausse bienveillance : « Tu sais, moi, c’est pour ton bien que je te dis ça. » Elle se déchaine lorsque vous vivez quelque-chose d’heureux. Votre joie l’indispose. Son fiel doucereux fait mouche. Vous doutez. Vous êtes moins heureux. Rokhaya déteste la France. C’est son droit. A longueur de tribunes, de tweets, elle déroule ses griefs. La couleur des pansements, l’écartement des lunettes, le Club Dorothée et Les Musclés de son enfance, tout est prétexte pour exprimer son hostilité. Dans son podcast Kiffe ta race, où on demande en préambule aux invités de « se situer sur le plan racial », on apprend que « Contrairement aux cultures non-blanches qui ont su, malgré la violence du colonialisme, perpétuer leurs traditions, ou leurs danses, le monde occidental a vu disparaître ses pratiques culturelles populaires en même temps qu’il imposait son empire colonial […] et que désormais, c’est la Danse des canards qui illustrerait la ‘culture blanche’. On déplore aussi que le théâtre français soit encore largement imprégné d’une idéologie discriminatoire à l’égard des personnes racisées […] et que la représentation des corps noirs sur les planches reste imprégnée d’un imaginaire colonial ». On y parle enfin « charge raciale », de micro-agressions et de besoin de « repolitiser le dance floor ».

Bien entendu, elle n’est pas la seule activiste « décoloniale » médiatisée : de la très maternelle Fatima Ouassak qui craint qu’on « prenne ses enfants pour les mettre dans des trains » en passant par la douce Houria Bouteldja qui clame « Mohamed Merah c’est moi » à la délicieuse Maboula Soumahoro qui soutient que « Un homme blanc ne peut avoir raison contre une femme noire ou arabe » on a l’embarras du choix. (Il faut au passage saluer le courage de ces deux dernières combattantes qui réussissent à faire abstraction de leur détestation de la France pour empocher chaque mois le salaire que leur verse cet horrible état colonial raciste).

Il y a donc bien d’autres égéries, mais il faut reconnaître qu’aucune n’a le chic de Rokhaya Diallo, qui combat avec élégance l’impérialisme blanc sur le tapis rouge à Cannes en impeccable fourreau Valentino et pourfend le capitalisme occidental en mini-short et jabot de dentelle Gucci. Ceci dit, peu importe le profil, le fond du message reste le même : la France est détestable et raciste. Alors, quand on vit quelque-chose de positif, quelque-chose censé faire un consensus joyeux comme l’entrée de Joséphine Baker au Panthéon, on peut être certain que Rokhaya trouvera le moyen de gâcher la fête.

Il s’agit de ne pas trop se réjouir. Il ne manquerait plus qu’on soit heureux et fiers de certains aspects de notre histoire et de ce que nous sommes ! Tout ça « n’efface pas le racisme omniprésent en France » écrit-elle dans les colonnes du Washington Post. Elle sait que les USA (pourtant pas les mieux placés pour nous donner des leçons de morale) prêtent toujours une oreille complaisante à ce type de médisance. De toute façon, tout est bon pour donner de la visibilité à son petit business de dénigrement. Un jour viendra où, en total look John Galliano, elle se rendra en Chine afin d’expliquer que la France est un état totalitaire qui ne respecte pas les droits de l’Homme. Si elle pouvait, elle passerait à Top Chef ou au Meilleur Pâtissier afin de dénoncer l’impérialisme colonialiste de la blanquette de veau et du baba au rhum.

Il paraît que Joséphine Baker, cette joyeuse et malicieuse meneuse de revue, cette résistante courageuse et amoureuse de la France, a adopté et élevé 12 enfants, de toutes origines. Je ne connais pas les détails de sa vie familiale mais je suis presque certaine qu’elle les a élevés dans la même bienveillance, sans faire de distinction de race et de couleur. Je suis sûre qu’elle a cherché le positif en chacun d’eux, sans s’acharner à traquer la moindre faiblesse et sans les renvoyer en permanence à leurs défauts supposés. C’est ainsi qu’on grandit et qu’on s’élève. La voisine revêche, la collègue jalouse, la copine-vipère et tous ces gens toxiques qui adorent éteindre les lumières, nous les oublierons. Un jour ou l’autre, ils sortiront de nos mémoires et de notre histoire. Alors que Joséphine Baker y est pour l’éternité.

L’auteur : Nathalie Bianco, consultante formatrice et militante laïque, est aussi auteur de trois romans dont Les Petites (éd. Sixième(s), 2021).

Auteur : Gabriel des Moëres

Vieux gaulliste, républicain exigeant, humaniste et conservateur.

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