Sciences po Grenoble : le cas Kinzler reprend une tournure politique

Alors que les étudiants diffamateurs ont été relaxés, le professeur qui avait été victime d’accusations d’islamophobie a fait l’objet d’un arrêté d’exclusion pris par la directrice de l’établissement. Entre lâcheté de l’administration, terreur intellectuelle et mise à l’écart des « déviants », ce dernier présente tous les signes du cluster woke.

Le 26 novembre dernier, à l’issue d’un conseil de discipline tenu à Sciences po Grenoble, dix-sept étudiants entendaient le verdict : seize d’entre eux étaient relaxés et le dix-septième écopait d’une exclusion temporaire avec sursis. Tous étaient liés à l’Union syndicale (US) de Sciences po Grenoble, organisation désignée par l’inspection générale de l’Éducation nationale comme responsable du « climat de peur » régnant dans l’établissement, et tous étaient mis en cause dans l’affaire des accusations publiques d’islamophobie et de fascisme qui avaient touché le professeur Klaus Kinzler et l’un de ses collègues. Chacun se souvient que, le 4 mars dernier, son nom avait été placardé sur un mur de l’établissement associé aux termes « islamophobie » et « fascistes », au prix pour lui d’avoir été placé sous protection policière pendant un mois et de n’avoir pu, depuis, remettre les pieds sur place.

Le 14 décembre, trois semaines après la proclamation d’impunité des jeunes syndicalistes radicaux, c’est leur victime qui, par arrêté de la directrice de Sciences po Grenoble, Sabine Saurugger, se trouve suspendu pour quatre mois — avec maintien de traitement. Mme Saurugger fait également part de son intention de « saisir le conseil de discipline dans les meilleurs délais ». Elle reproche en effet à Klaus Kinzler d’avoir tenu « des propos diffamatoires dans plusieurs médias contre l’établissement d’enseignement supérieur dans lequel il est en poste ainsi que contre la personne de sa directrice », évoquant des interviews données à L’Opinion, à Marianne et à la chaîne CNews, ainsi que d’avoir « gravement porté atteinte à l’intégrité professionnelle de ses collègues de travail ».

Très sollicité par les médias, Klaus Kinzler avait exprimé publiquement son sentiment de vivre une « chasse idéologique » au sein de Sciences po Grenoble, où des désaccords intellectuels l’opposent depuis quelques années à certains des enseignants et des élèves de l’établissement, en particulier au sujet de l’emploi du terme « islamophobie » — un mot dont il a critiqué à plusieurs reprises l’ambiguïté au cours d’échanges avec ses collègues. Pour ses avocats, qui dénoncent une « chasse aux sorcières », M. Kinzler « a été contraint de prendre la parole afin de se défendre », après avoir été mis en cause « sur la place publique ». « Ça empoisonne ma vie, mais il faut peut-être aller jusqu’au bout pour savoir qui a le droit de dire quoi et dans quelle situation », a déclaré l’enseignant, évoquant un possible recours devant le tribunal administratif.

Le 14 décembre 2022, André Bercoff recevait Klaus Kinzler à l’antenne de Sud Radio.

Le fond de l’affaire se trouve, en effet, dans la question du statut de la liberté d’expression et plus particulièrement de la liberté académique. A contrario de ce principe, que revendique pourtant la direction, Sciences Po Grenoble est tombé dans une logique d’épuration idéologique. Le débat n’y a plus sa place, des concepts pourtant notoirement controversés y sont désormais sacralisés et tout professeur qui ne penserait pas « droit » n’a que deux chemins possibles : celui de la rééducation ou celui de l’expulsion.

Cette logique délétère, le président de la région Auvergne Rhône-Alpes Laurent Wauquiez a décidé de la combattre frontalement. Alors que le gouvernement patine sur le sujet, il a décidé de suspendre « tous les financements et toutes les coopérations avec Sciences po Grenoble », soit un montant d’environ 100 000 euros par an « hors investissement sur projets, selon l’exécutif » régional, rapporte l’AFP.

Communiqué de la région Auvergne Rhône-Alpes.

Cette décision, annoncée hier 20 décembre, a rallumé la mèche médiatique et suscité beaucoup de réactions dans la classe politique et sur les réseaux sociaux. C’est en effet la première fois qu’une collectivité publique prend de telles sanctions à l’égard d’un établissement d’enseignement supérieur et c’est dire l’importance symbolique que l’affaire est en train de prendre : à quelques mois de l’élection présidentielle, dans une période marquée par l’exacerbation des tensions idéologiques, Klaus Kinzler coche toutes les cases pour devenir un personnage récurrent de la campagne — pour le meilleur et pour le pire.

Auteur : Gabriel des Moëres

Vieux gaulliste, républicain exigeant, humaniste et conservateur.

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