Remake de Blanche-Neige : quand Grincheux et Simplet refont le casting

Remake de Blanche-Neige : quand Grincheux et Simplet refont le casting

Disney remplacera les nains par des « créatures magiques » dans le prochain Blanche-Neige. Dans un article publié dans Causeur, Didier Desrimais revient avec une certaine ironie sur « une polémique dont personne ne sort grandi ».

Peter Dinklage, l’acteur nain de Game of Thrones, s’est ému que la dernière production des studios Disney, Blanche-Neige et les Sept Nains, fasse encore entièrement référence au conte original et continue ainsi de « véhiculer des stéréotypes sur les personnes atteintes de nanisme ». Ni une ni deux, l’entreprise Disney, une des plus wokistes du moment, a « consulté des membres de la communauté du nanisme » et décidé de remplacer les nains du conte par des… créatures magiques.

Dinklage pas très solidaire avec les nains moins connus que lui !

La communauté des acteurs nains, elle, n’est pas contente du tout : sept rôles de nains dans un seul film, l’occasion était trop bonne pour tenter de percer dans un milieu déjà très concurrentiel pour des acteurs de taille normale mais encore plus difficile d’accès pour des acteurs dits de petite taille !

Peter Dinklage s’en fiche. Les quelques millions de dollars qu’il a touchés pour tenir le rôle de Tyrion Lannister dans Game of Thrones lui ont ouvert les yeux : il dénonce une « putain de représentation pourrie des nains » et attend une réécriture du conte afin que ce dernier devienne plus cool ou progressiste. De son côté, la très discrète communauté des créatures magiques s’apprêterait, murmure-t-on dans le milieu hollywoodien, à protester contre ce remplacement de dernière minute ne concernant que les nains et pas Blanche-Neige ou le prince, par exemple. « Nous ne voulons pas rester cantonnées à des rôles subalternes véhiculant des stéréotypes sur les créatures magiques », aurait déclaré Brigitte Lalicorne, la porte-parole des créatures magiques militant pour « une meilleure représentation des créatures magiques dans la société et dans les productions culturelles ». Les lutins et les gnomes auraient par ailleurs décidé d’intersectionnaliser leur combat afin de revisibiliser les créatures magiques de petite taille injustement sous-représentées ou exploitées et réduites à des rôles subalternes dans les productions artistiques.

L’administrateur de l’Association française des personnes de petite taille (APPT) a profité de cette minuscule polémique pour monter au créneau. Anthony Aube rappelle que les personnes de petite taille ont « une vie sociale, amoureuse, intellectuelle et professionnelle » mais que les fictions continuent de les ancrer dans un rôle de personne différente. Les dix mille nains de France s’offusqueraient également d’entendre le mot « nain » utilisé péjorativement : « Les politiques utilisent par exemple l’expression ‘nain politique’ pour parler de quelque chose qui n’a pas de poids, pas d’impact. Ce n’est pas une appellation très heureuse. » Ce n’est pas faux. D’aucuns la trouveront même un peu mollassonne. L’insulte suprême, ce pourrait être : « Nain de jardin politique » !

Des polémiques XXL

Anthony Aube a oublié d’évoquer le cas douloureux du Petit Poucet. Ce dernier proteste pourtant depuis des années contre l’utilisation abusive et péjorative de son nom. Dernièrement encore, un journaliste sportif relatant la victoire de l’équipe de football de Bergerac (National 2) sur celle de Saint-Étienne (Ligue 1), a parlé du « Petit Poucet » de la Coupe de France battant une équipe professionnelle. « C’est une appellation malheureuse », aurait déclaré le Petit Poucet qui en profite pour demander qu’on ne l’appelle plus dorénavant que Poucet (ou Robert).

Les Lilliputiens (c’est-à-dire les plus petites créatures parmi toutes les créatures magiques ou fictionnelles) sont eux aussi dans les starting-blocks. Les sondages pour les prochaines présidentielles donnent des résultats régulièrement en-dessous de 3 % pour Mme Hidalgo, représentante de bientôt feu le PS. Des journalistes s’apprêteraient à titrer sur des « scores lilliputiens » ou même sur un parti devenu un « parti lilliputien ». « Nous ne nous laisserons pas diminuer par ces minuscules allusions », a déclaré Julien Pigmet, président de l’AFL (Association française des lilliputiens), dans un entretien donné au magazine Nano. Quant à un prochain film relatant Les Voyages de Gulliver, M. Pigmet prévient qu’en aucun cas un des rôles de Lilliputiens ne pourra être tenu par l’acteur de petite taille Peter Dinklage qui, avec son mètre trente-cinq, dépasse de très loin la taille des Lilliputiens : « Il est temps de donner aux Lilliputiens la place qui leur est due dans les productions culturelles. Nous ne cherchons pas à évincer les Sept Nains, nous savons rester à notre place, mais nous ne nous laisserons pas supplanter par des opportunistes qui n’avaient qu’à accepter des rôles à leur mesure. Prenons de la hauteur et respectons toutes les tailles afin que ce monde devienne réellement et entièrement inclusif », a déclaré Julien Pigmet, un peu énervé, il y a de quoi.

Le monde inclusif et politiquement correct ne connait plus aucune limite. C’est pourquoi il est de plus en plus grotesque. Dans l’univers cinématographique cela peut atteindre des sommets. S’il est assez drôle de voir attribuer le rôle de Blanche-Neige à l’actrice latino Rachel Zegler, il est absolument désopilant de voir celui d’Anne Boleyn, la deuxième femme du roi Henry VIII, attribué à l’actrice noire d’origine jamaïcaine Jodie Turner-Smith !

Encore plus tordantes ont été les justifications de ce choix par la productrice anglaise Faye Ward : « Nous n’avons pas choisi Jodie car elle était noire : son parcours résonnait avec celui d’Anne. Elle avait écrit une magnifique tribune sur sa découverte de la maternité pendant la pandémie. Elle était la superwoman nécessaire pour ce rôle qui parle aux femmes d’aujourd’hui qui concilient enfants et carrière et qui sont clouées au pilori dès qu’elles s’élèvent. » Tout cela nous promet de belles parties de rigolade. Imaginons une future production internationale pour une série sur la Révolution française avec un casting super-inclusif et hyper-diversitaire : Omar Sy y tiendrait le rôle de Robespierre ; la comptable coloriste des cérémonies des César, Aïssa Maïga, celui de Charlotte Corday ; Saint-Just serait joué par Joaquin Phœnix, le nouveau prêtre des messes hollywoodiennes véganistes, antispécistes et antiracistes ; Robert de Niro qui, devant un parterre d’acteurs américains bien comme il faut, cracha un audacieux « fuck you ! » destiné au président Trump (de l’audace, toujours de l’audace !), prêterait ses traits à Danton ; l’actrice noire et transgenre Laverne Cox serait une détonante Marie-Antoinette ; l’acteur transgenre et non-binaire Elliot Page un troublant Louis XVI ; enfin, Peter Dinklage pourrait y tenir un rôle répondant parfaitement à ses envies actuelles de juger le monde entier et de dénoncer à tort et à travers, celui de l’accusateur public Fouquier-Tinville…

Source : Didier Desrimais, « Une polémique dont personne ne sort grandi », Causeur, 6 février 2022.

Auteur : Gabriel des Moëres

Vieux gaulliste, républicain exigeant, humaniste et conservateur.

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