Avatar 2 : le message du film n’est plus assez antiraciste, selon la critique

Sévère, le média américain Vice accueille la bande-annonce d’Avatar. The Way of Water avec une pointe d’ironie et surtout un grand malaise. Si en 2009 le mythe du “noble sauvage” passait encore, ce n’est plus le cas aujourd’hui, selon le magazine.

Pas assez woke, mon fils… Tel est, en substance, le message adressé par Vice au visionnage de la courte bande annonce du deuxième volet de la saga Avatar, dont la sortie est annoncée pour fin 2022, pas moins de treize ans après un premier opus qui avait créé l’événement par la performance technique et artistique qu’il représentait et par les chiffres vertigineux auxquels est associée la production de film.

“Si on se fie à la bande-annonce, ce film semble avoir été fait dans un autre monde — un monde où aucun des événements politiques ou culturels survenus depuis le premier ‘Avatar’ ne se serait produit.”, écrit Gita Jackson, chroniqueuse spécialisée dans la critique des productions audiovisuelles en fonction de la place qu’elles accordent à la diversité raciale. La superproduction de James Cameron ne fait pas exception : « Après deux mandats du président Obama, Black Lives Matter, une présidence Trump et un basculement culturel vers la droite, une suite d’Avatar voit le jour, avec de nombreuses autres menaces. En regardant la bande-annonce, écrit-elle, il est douloureusement clair à quel point le monde de Pandora se sent désormais déconnecté. Chaque fois que je vois les mèches de cheveux qui composent des dreadlocks na’vi, je me dis : ‘Qui a demandé ça ?' »

Dans Avatar 2, a planète Pandora est toujours habitée par un peuple indigène fictif, composé de femmes et d’hommes géants et bleus, appelé Na’vi (ce qui signifie “le Peuple”). À l’époque déjà, poursuit Vice, certains y avaient vu “un film sur un peuple indigène, des nobles sauvages plus proches de la terre que les Blancs, qui pour autant avait toujours besoin d’être dirigé par un homme blanc”. Selon Vice, les Na’vi seraient « maintenant beaucoup plus reconnaissables comme un pastiche des cultures indigènes qui existent dans le monde réel ». Quand à la bande-annonce, elle aurait suscité une hilarité dans les salles que la Gita Jackson ne blâme pas.

Pourquoi tant d’acrimonie ? À l’heure de la culture woke triomphante, les grandes œuvres cinématographiques doivent, pour être popularisées par la critique, cocher toutes les cases du politiquement correct : représentation quantitative et qualitative des minorités plus une série Netflix ne sort même sans au moins un personnage transgenre), scénario réservant au mâle blanc le mauvais rôle (capitaliste, impérialiste, raciste) et magnifiant l’émancipation des « dominés » — sans parler des quotas de diversité à respecter également à tous les niveaux de la production. À l’évidence, au regard de ces critères, James Cameron est effectivement resté « coincé en 2009 ».

La question qui se pose, derrière la mise en avant de cette grille de lecture, de Vice à Courrier international et de Courrier international à mon fil d’actualités Facebook, est de savoir s’il est encore possible, en 2022, de s’écarter du schéma tracé pour nous par les Gardiens de la Révolution woke, si la création audiovisuelle — et plus largement artistique — est encore assez libre pour inventer et proposer d’autres types de récits, des récits fidèles à la réalité historique ou affranchis d’autant de crédibilité que ceux qui mettent en scène des personnages noirs pour incarner des souverains européens au XVIIIe siècle, des récits qui véhiculent le bon et le mauvais de l’âme humaine sans chercher à démontrer qu’un camp a le monopole de la vertu et l’autre, celui du vice, des récits qui exposent la face lumineuse et la face sombre des peuples, les heures glorieuses et honteuses de l’histoire pour provoquer, au-delà de l’émotion, un désir de vérité, d’authenticité et de nuance plutôt que de suivre les modes idéologiques et les injonctions politiques sur la voie du simplisme et de la controverse revancharde.

Peut-être qu’Avatar 2 est effectivement démodé avant même d’être sorti, que son interminable période de gestation lui a fait prendre du retard sur son temps, au moins du point de vue cinématographique. Mais peu importe : les spectateurs jugeront. Le problème est que Vice et ceux qui portent un jugement avant tout idéologique sur une œuvre dont ils n’ont, en outre, aperçu que moins de deux minutes de bande-annonce font fausse route.

Certes, le cinéma américain est utilisé, depuis des décennies, comme un puissant instrument de soft power, vis-à-vis tant de la société états-unienne elle-même que des cibles d’influence extérieures et, hier implicite ou admise à demi-mot, cette dimension prosélyte est aujourd’hui considérée comme faisant partie intégrante et assumée du cahier des charges des blockbusters, ces derniers devenant autant de vecteurs d’une « bonne parole » prédéfinie et labellisée par les gardiens de la révolution woke. Mais ces gardiens ne choisissent pas leurs combats en fonction de valeurs universelles ; ils les sélectionnent en fonction de leurs sensibilités et intérêts personnels.

Par exemple, pendant qu’ils traquent la moindre trace de discrimination laissée par le « patriarcat blanc », la Chine multiplie les partenariats avec les mêmes acteurs de la même industrie du divertissement pour lui faire embarquer une belle histoire frelatée sur un monde asiatique à la « diversité » soigneusement revisitée sous le prisme de Pékin. Où sont les chroniqueurs progressistes quand il s’agit de dénoncer cette stratégie de propagande et l’impérialisme qu’elle soutient ?

Source : « Avec son peuple indigène guidé par un homme blanc, ‘Avatar 2’ a raté un épisode », Courrier International, 11 mai 2022.

Auteur : Estielle Madmarx

Je suis synthèse de toutes les minorités opprimées, vecteur de leurs luttes, garant de leur bien et avant-garde éveillée sur le chemin du monde d'après.

Un commentaire

  1. Le 1 était déjà un pur scandale. Je rappelle que le héros paraplégique et renfrogné devenait enfin heureux en abandonnant sa paralysie sur Pandora (découverte de la mobilité = joie et rencontre de l’amour). Cela ne sous-entendait pas moins que la supériorité du validisme sur l’invalidisme. WOKISTAN VAINCRA !

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s